Tandis qu’à l’échelle internationale, le dialogue entre les États est nécessaire pour assurer une cohabitation pacifique et des échanges fructueux dans un cadre démocratique, la culture est envisagée comme un outil précieux, propre à créer des alliances, à tenter de rétablir des iniquités économiques et à assurer la paix sociale. Cet impératif, à la fois politique, économique, culturel et social, a des impacts non négligeables sur les artistes, et notamment sur les artistes subventionnés, à qui il incombe de prendre position face au défi du vivre ensemble.

Car il s’agit bien d’un défi si l’on en juge, par exemple, par les divisions occasionnées au sein même du milieu artistique, par les spectacles SLÀV et Kanata, qui ont soulevé des questions bien plus vastes que celle relative à l’appropriation culturelle, elle-même trop souvent réduite à une réflexion autour de la notion de créativité et de ses origines.

Mais comment ce vivre ensemble peut-il advenir au-delà d’un voeu pieux?

Selon le professeur Khadiyatoulah Fall, « Le vivre ensemble découle d’une interaction entre des protagonistes, porteurs de singularités reconnues, mais aussi portés par des principes moraux universels, qui élaborent conjointement un cadre dialogique reconnaissant la liberté d’expression et le respect entre les interactants ».

L’entreprise nécessite donc la pleine reconnaissance d’une valeur égale entre les deux parties, engagées dans un devenir commun. Mais cette reconnaissance passe à la fois par une lecture de l’histoire émanant de points de vue jusque-là non pris en compte et par un incessant travail de remise en cause de chaque partie concernée.

C’est pourquoi, expérimenter le vivre ensemble sur les scènes autochtones ne consiste pas seulement à faire le constat d’une histoire coloniale qui divise. Cela contraint à prendre en considération la prégnance de la colonisation sur les relations humaines à l’époque contemporaine, pour mieux s’en départir. Cela engage également à développer des avenues de compréhension mutuelle entre Autochtones et Allochtones, tous issus de multiples cultures et épris d’un même désir de rencontre.

Mais cette diversité culturelle relève-t-elle de particularismes strictement étanches et irréconciliables ou procède-t-elle d’un irrémédiable maillage culturel ?

 

Chaque pièce dénonce, révèle, s’insurge, interroge et aime. À travers cet entremêlement de réflexions et d’affects, elle illustre la complexité et les conditions de réalisation d’un vivre ensemble en constante négociation.

 

Au fil de ses spectacles, la compagnie Menuentakuan met cette réflexion à l’épreuve et explore inlassablement les limites et les potentiels de la nature humaine. Chaque pièce dénonce, révèle, s’insurge, interroge et aime. À travers cet entremêlement de réflexions et d’affects, elle illustre la complexité et les conditions de réalisation d’un vivre ensemble en constante négociation. Cette réalité, pour le moins inconfortable, confronte tant les personnages que les acteurs et actrices ou les spectateurs et spectatrices, communément épris de rencontre et de lien social.

En ce sens, Menuentakuan s’inscrit de plain-pied dans la mouvance institutionnelle internationale qui tend à faire converger pluralisme et particularisme vers un dialogue constructif, garant du lien social. En outre, l’aventure Menuentakuan fait écho au rapport mondial produit par l’UNESCO en 2010 et intitulé « Investir dans la diversité culturelle et le dialogue interculturel », un rapport qui encourage à reconnaître et promouvoir les différences envisagées comme des richesses plutôt que des freins au vivre ensemble.

Pour ce faire, la compagnie crée ses propres dramaturgies et se fait également la porte-parole et le relais de dramaturges autochtones de renom tels que Kevin Loring, actuel et premier directeur artistique du Théâtre autochtone du Centre national des Arts, ou encore Drew Hayden Taylor, auteur prolifique qui dirigea la Native Earth Performing Arts, première compagnie de théâtre autochtone du Canada.

Ces deux auteurs sont des exemples emblématiques de deux aspects signifiants du vivre ensemble entre Autochtones et Allochtones, à savoir la reconnaissance et la valorisation des artistes autochtones d’une part, et la représentation autochtone au sein des instances dirigeantes, d’autre part.