Pendant 200 000 ans, Homo sapiens a habité la Terre en restant à l’intérieur des limites de sa planète. De l’extérieur, on aurait pu dire que rien ne dépassait.

Des pierres ont évidemment été lancées. Des flèches ont été décochées, des ballons et des avions ont décollé.

Mais tout ce qu’on lançait de la Terre finissait par y revenir – que ce soit en douceur ou en catastrophe.

Ça a changé le 4 octobre 1957, quand l’URSS a placé le satellite Spoutnik 1 en orbite. Pour la première fois, l’être humain propulsait un objet à une vitesse suffisante (28 440 km/h) pour ne plus le revoir.

Une fois le truc maîtrisé, nous y avons pris goût. À tel point qu’aujourd’hui, des experts comme Ram Jakhu, de l’Universtié McGill, ou John Crassidis, de l’Université d’État de New York à Buffalo, estiment que les basses orbites de la Terre sont si encombrées d’objets artificiels qu’elles pourraient devenir inutilisables d’ici quelques décennies.1

Les satellites qui nous permettent de communiquer, de prévoir la météo ou de traquer la pollution sont sans cesse plus nombreux. Ils filent à des dizaines de milliers de km/h, entre des carcasses de satellites désuets et de vieux morceaux de fusée.

Leurs trajectoires côtoient celles d’outils échappés par des astronautes et même d’urnes funéraires envoyées dans l’espace par l’entreprise Celestis. L’une d’entre elles abrite les cendres du créateur de Star Trek, Gene Roddenberry.

Dans ce trafic de plus en plus dense, des collisions surviennent, entretenant un cercle vicieux. Chaque collision génère des débris. Et plus il y a de débris, plus il y a de collisions.

En 1978, l’astrophysicien Donald Kessler a calculé qu’au-delà d’un certain point, le phénomène pourrait devenir irréversible. Les objets du ciel se briseront les uns contre les autres en fragments de plus en plus petits, laissant un nuage uniforme de minuscules débris autour de la Terre.2

Kessler avait prédit que le problème deviendrait sérieux au 21e siècle. Et sur certaines orbites, le « syndrome de Kessler » est en effet déjà observable. Les collisions font augmenter le nombre d’objets sans qu’on en ajoute.3

Saturne a ses anneaux. Si rien n’est fait, la Terre pourrait bien être un jour entourée de sa propre auréole. Une auréole… de déchets.

Paradoxalement, franchir les limites de notre planète nous a permis de jeter un nouveau regard sur celle-ci.

En 1990, la sonde Voyager 1 est sur le point de quitter le système solaire après l’avoir arpenté pendant 13 ans quand elle retourne sa caméra vers la Terre. La photo « Pale Blue Dot » montre un minuscule point bleu perdu dans l’immensité noire du cosmos. En un cliché, l’être humain prenait conscience de sa finitude et de sa fragilité.

Mais nos empreintes dans l’espace ne sont pas toutes aussi glorieuses. La Lune, en plus des restes de dizaines d’engins qui s’y sont posés ou fracassés, est souillée de sacs remplis d’excréments et d’urine laissés par les astronautes des missions Apollo.

L’astronaute Charles Duke y a laissé une photo de famille; Alan Shepard, deux balles de golf qu’il y a frappées. La liste compte aussi cinq drapeaux américains, des outils, des caméras et des sacs à dos.

Déterminer s’il s’agit d’une forme de pollution est une question presque philosophique. En l’absence d’eau et d’air, ces objets ne se dégradent pas. Ils ne contaminent rien et ne sont vus par personne. Mais il reste un malaise à penser que la Lune qui illumine nos nuits est jonchée de déchets.

Parmi les autres traces humaines dans l’espace, on compte une Tesla Roadster rouge avec un mannequin assis au siège du conducteur et dont la chaîne stéréo joue en continu la chanson Space Oddity, de David Bowie (et ce, même si le son ne se propage pas dans l’espace!). Catapultée par le patron de SpaceX et l’homme le plus riche du globe, Elon Musk, elle tourne désormais autour du Soleil.

Près de 45 ans après son lancement, la sonde Voyager 2 a quant à elle quitté le système solaire et poursuit son voyage dans l’espace intersidéral. À son bord, un « disque d’or » qui contient ce que l’humanité voudrait que d’éventuelles civilisations extraterrestres sachent d’elle.

Des photos, des chants, des pleurs de bébé, des rires.

Une minuscule bouteille à la mer tentant de résumer l’essence de ce que nous sommes.