Table des matières

1. RÉSUMÉ DE LA PIÈCE

« Un amour impossible, ça fait des bonnes histoires, mais dans la vraie vie c’est de la merde. »

La mouette nous propose d’observer un microcosme de société pour déceler ce qui s’y joue réellement entre les individus : tensions générationnelles, triangle amoureux, désir naissant, freiné ou rabroué. Macha est amoureuse de Kostia, jeune écrivain et fils d’Arkadina, actrice célèbre qui se moque cruellement de lui, sans reconnaître son talent. Mais Kostia est amoureux fou de Nina, une jeune comédienne à qui il offre sa première pièce, un manifeste pour un théâtre nouveau. Or, Nina s’est amourachée de Trigorine, un homme de lettres renommé, amant d’Arkadina.

Ce monument d’Anton Tchekhov traite de l’importance de l’art et de la création, de la volonté des jeunes artistes de s’affirmer, des pulsions de vie et de mort, de l’insoutenable légèreté et lourdeur de l’être. À travers leurs jeux, spectacles et dîners, ses personnages aspirent à l’amour et à la reconnaissance. Des humains complexes et émouvants, inéluctablement seuls, ensemble.

Entourée d’une distribution cinq étoiles, la metteuse en scène Catherine Vidal s’attaque à ce classique dans une adaptation québécoise inédite de l’auteur Guillaume Corbeil. Sa mise en scène voyage entre réalisme et symbolisme, brouille les frontières du quatrième mur et se focalise sur l’humain et ses relations ambigües comme matière première théâtrale. Vidal pose par ailleurs un geste de transmission remarquable : elle laisse la jeune metteuse en scène Sophie El-Assaad orchestrer une scène phare de La mouette, la pièce de théâtre de Kostia jouée par Nina dans l’acte 1. Un symbole fort de son engagement envers la nouvelle génération d’artistes.

Dans le balado du Théâtre français du CNA2, la metteuse en scène Catherine Vidal souligne la difficulté de prendre une pièce de répertoire pour la lire de façon contemporaine sans la dénaturer et sans appliquer une recette contemporaniste toute faite. Elle cherche à ne pas présenter l’œuvre de manière froide, conceptuelle, intellectuelle ou parodique, mais plutôt d’en maintenir l’humanité, les nuances et les multiples couches de sens tout en s’éloignant de la facture naturaliste et guindée trop souvent accolée aux Grands Classiques. L’adaptation qu’en a fait Guillaume Corbeil va dans le même sens, visant à réactiver la parole du dramaturge russe et à dialoguer avec lui tout en se moulant au langage naturel des interprètes. Il mentionne dans le même épisode de balado que la grande littérature a tendance à être traduite dans une langue élevée, pour souligner sa grandeur. Toutefois, l’univers de La mouette appelle plutôt pour lui une parole simple, « populaire dans la langue, complexe dans la pensée ».

 


1 Hélène Henri, « La Mouette, Anton Tchekhov », Universalis

2 Balado du Théâtre français du CNA

5. PISTES DE RÉFLEXION