Je savais que j’avais un rôle « bonbon » entre les mains, mais je savais aussi qu’il pouvait taper sur les nerfs du public ! J’entre en scène et je crie tout de suite des obscénités ! J’ai dû accepter de déplaire à certaines personnes en partant. C’est pas grave, c’est ma partition, les gens vont s’attacher au personnage au fil du spectacle.
Au tout début, je cherchais le ton et je penchais un peu trop vers l’idiot. Je me suis raccroché au fait qu’Achille est simplement un gars trop sensible qui n’arrive pas à se faire comprendre, ce qui l’enrage. C’était 100 fois plus intéressant à jouer.
Et le public ne le réalise pas nécessairement, mais même la langue d’Achille, qui est familière, rustre et un peu étrange, est totalement en alexandrins ! On s’est donné comme contrainte de ne jamais ajouter de pieds. On ne peut pas sortir de notre partition, c’est trop risqué de passer à côté des douze pieds ! Donc on a trouvé une façon d’improviser et de jouer dans un carré de sable bien précis.
D’ailleurs, ce qui a donné le goût à toute l’équipe d’embarquer dans l’aventure, c’est d’abord l’incroyable texte d’Hilaire. J’avais déjà vu des gens essayer de faire des alexandrins en québécois ou de briser le normatif, mais jamais je n’avais lu ou entendu quelque chose d’aussi fluide ! Quand j’ai reçu le texte, j’ai dit à Hilaire : « C’est exactement LE show que je veux voir au théâtre ou que j’aurais voulu écrire. Si personne n’en veut et qu’on n’arrive pas à le monter, c’est simple, je prends un break de théâtre ! »
Et ça m’a fait beaucoup de bien de gagner notre pari. Ça a ravivé le feu et l’espoir : il y a de la place pour une proposition aussi irrévérencieuse, vivante et en communion avec le public.